Le Bon Marché ou les coulisses du luxe
Pour la 13ème année consécutive, la direction du Bon Marché (société du groupe de luxe LVMH) refuse catégoriquement de rétablir des augmentations de salaire pour tous.Seule proposition : une enveloppe de 2,5% d’augmentations au mérite.
Combien de salariés resteront encore sur le carreau ?
Les délégués syndicaux CFDT ont décidé de s’unir en intersyndicale pour informer la presse des coulisses du luxe.
Voici le communiqué de presse envoyé vendredi 11 mars, qui débute par une citation du journal "le Figaro" :
« Les milliardaires dans le monde n'ont jamais été aussi nombreux. Et, avec une fortune de 41 milliards de dollars, le Français Bernard Arnault prend la 4ème place au classement international »
le Figaro du 10 mars 2011
De quoi se réjouit-on au juste ? A qui profite toute cette richesse ?
Qu’en est-il des milliers de petites mains qui créent cette richesse, les salariés du groupe LVMH ?
Nous souhaitons parler aujourd’hui au nom du Bon Marché, grand magasin parisien de luxe faisant partie du groupe LVMH.
Les exigences et les contraintes des salariés du commerce ne cessent d’augmenter et, malgré de très bons résultats, nous ne connaissons pas d’augmentations générales depuis 13 ans (seulement des augmentations « au mérite »).
Pourtant les résultats sont là : secteur peu impacté par la crise, nous avons peu perdu en 2009 et avons retrouvé le chemin de la croissance en 2010 : + 10% par rapport à l’année précédente et + 6,5% par rapport aux objectifs de chiffres d’affaires.
Les dividendes versés aux actionnaires (LVMH majoritaire) sont en constante et considérable augmentation :
15 millions versés en 2009
20 millions versés en 2010, soit + 33%
En 2010, le résultat net de 18 millions d’euros n’a pas suffit à couvrir le montant des dividendes exigés par les actionnaires, le Bon Marché a dû puiser dans ses réserves (ou excédents de trésorerie).
A titre de comparaison, l’enveloppe des augmentations au mérite était de 410 000 euros en 2010, soit une baisse de 28% par rapport à 2009 (sachant que les dirigeants piochent également leurs propres augmentations dans cette enveloppe).
Seulement 62% des employés ont eu une petite augmentation au mérite en 2010.
La situation de l’emploi se dégrade également : 150 emplois supprimés de 2001 à 2009 et 50 CDI en moins sur les 9 premiers mois de 2010.
La réduction des effectifs entraîne une polyvalence accrue des salariés et une charge de travail qui augmente.
Quelques chiffres sur la situation des salariés du Bon Marché :
70% du personnel est féminin,
62% du personnel habite en dehors de Paris intra-muros,
Temps moyen de transport : 2H par jour,
31% des salariés utilisent 3 moyens de transports pour se rendre au travail,
41% des salariés ne prennent presque jamais leur repas du soir en famille.
91% des salariés estiment avoir subi une dégradation de leur vie personnelle.
(Source : rapport d’expertise au CHSCT de 2008 du cabinet ARETE, agréé par le Ministère du Travail)
Les salariés du Bon Marché ont également subi deux changements d’horaires en 2 ans, nous sommes passés de fermetures à 19H à des fermetures à 20H les lundis, mardis, mercredis et samedis et 21H les jeudis et vendredis.
Ce qui a généré de gros problèmes de garde d’enfants et des temps de transports encore allongés.
Les salariés ayant des enfants sont amenés à payer 500 euros de frais de garde par mois (parfois plus).
Quelques exemples de salaires de temps plein :
► Une vendeuse ayant 33 ans d’ancienneté gagne 1400 euros nets par mois (prime d’ancienneté, primes de nocturne et prime de performance incluses).
► Un hôte d’accueil, ne bénéficiant pas de prime de performance et ayant 10 ans d’ancienneté, gagne 1300 euros nets par mois.
Dans un contexte de forte augmentation des prix (alimentation, logement, énergie, impôts locaux, assurances, transports, etc.), l’intersyndicale CFDT, FO et CFTC est scandalisée que, pour la 13ème année consécutive, la direction du Bon Marché refuse d’augmenter tous les salariés qui ont contribué aux très bons résultats de l’entreprise et à l’augmentation des dividendes versés à l’actionnaire.
La politique d’augmentations individuelles au mérite est un levier de non augmentation globale et régulière de tous les salaires.
Il n’est plus acceptable que l’évolution des salaires soit à ce point déconnectée de l’augmentation réelle du coût de la vie.
Se réjouir de l’enrichissement de nos milliardaires, pourquoi pas, à condition que cela crée de l’emploi et du pouvoir d’achat pour tous leurs salariés.



